domingo, 27 de março de 2011

Técnicos e especialistas independentes (ver Le Monde) passaram já o acidente de Fukushima para grau 7

Fukushima vue de satellite Por Sylvestre Huet, 26 de Março (Le Monde)

Depuis ce matin les réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima sont refroidis avec de l'eau douce. Une information qui est venue atténuer la tension remontée d’un cran, vendredi, à Fukushima. Comme en témoigne la décision de porter à 30 kilomètres la zone évacuée autour de la centrale nucléaire et l’annonce qu’il y aurait un danger accru au réacteur numéro 3. Mais on apprend également que la Tepco repousse encore la remise en route des systèmes de refroidissement en raison des risques pour les travailleurs intervenant sur le site, notamment sur les réacteurs 1 et 3. C'est une conséquence de l'irradiation, jeudi, de trois techniciens. D'après l'AIEA, la Tepco a annoncé que 17 travailleurs avaient reçu une dose entre 100 et 180 millisieverts. On peut en conclure qu'ils ont été évacués du site.
Dans le même temps, l’Agence de sécurité nucléaire japonaise (la Nisa) annonçait qu’il «est hautement probable que le réacteur 3 de Fukushima Daichi ait été gravement endommagé et rejette une quantité importante de substances radioactives».
Le propos peut sembler étrange car il n’est pas vraiment différent de ce que l’on savait déjà. Mais, alors que les spécialistes français l’assurent depuis plusieurs jours, la Nisa n’avait pas admis que l’enceinte de confinement du réacteur, en acier et béton, fuyait. Une perte d’étanchéité à l’origine de rejets radioactifs continus et non filtrés.
La réelle nouveauté se trouve ailleurs : dans l’hypothèse d’une rupture de la cuve du réacteur. Une rupture non avérée pour l’instant, mais qui pourrait avoir commencé. Pour un point précis de la situation ce matin à 10h, lire ici.
Le scénario qui en découlerait ? Selon Thierry Charles, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), il dépend en grande partie de ce que le corium (le cœur fondu du réacteur) rencontrerait après avoir percé la cuve. D’abord, quelques mètres de vide. Sont-ils plein d’eau ? De vapeur ? Les ingénieurs japonais eux-mêmes ne le savent pas. Puis, 8 mètres de béton, avant la roche.
Que peut-il se passer avec la chute du corium en fusion ? «Cela dépend de sa dispersion, de la quantité Réacteur 3 d’eau. Mais le pire scénario, c’est une explosion de vapeur, suivie d’une explosion d’hydrogène», explique Thierry Charles. Cela pourrait ébranler une nouvelle fois les structures du bâtiment et relâcher des gaz et aérosols radioactifs.
Tout dépend ensuite de ce qui reste de puissance thermique. En attaquant le béton, le corium va se refroidir, mais aussi libérer des gaz inflammables (monoxyde de carbone et hydrogène). S’il se refroidit assez, il va rester coincé dans le béton. Mais s’il lui reste assez de puissance, il va le percer et se retrouver coincé dans la roche qui se trouve en dessous. Le risque est alors de voir les eaux souterraines charrier petit à petit ces matières vers la mer. «Pour l’instant, soulignait hier soir Thierry Charles après avoir appris l'épaisseur exacte du béton du radier (8 mètres), nos calculs favorisent l’hypothèse où le corium reste coincé dans le béton
Reste «l’affaire du plutonium». Les radionucléides «légers» se dispersent sous forme de gaz ou d’aérosols (Xénon, krypton, tellure, iode, césium, technétium, lanthane, strontium…) dans l’atmosphère. Mais qu’en est-il de la matière principale du combustible - uranium et plutonium - et des actinides mineurs (neptunium, américium et curium), atomes plus lourds formés par capture de neutrons ?
Le réacteur numéro 3 comporte plus de plutonium que les autres. Il a été partiellement chargé en MOX, qui en comporte environ 7% (contre 1% dans un combustible UOX en fin de séjour en réacteur). Le plutonium est très chimiotoxique et radiotoxique. Mais, rappelle Thierry Charles, «l’uranium et le plutonium sont lourds. Même à Tchernobyl, où ils étaient poussés par le brasier, ils ne se sont pas dispersés au-delà de 30 km. A Fukushima, c’est un enjeu de contamination important, mais local».
Vendredi midi, ce scénario noir ne semblait pas encore engagé… tout au moins au vu des niveaux de radioactivité mesurés à la porte du site de Fukushima Daichi : 0,2 millisievert par heure, contre 10 au moment des relâchages de vapeur d’eau contaminée les 13 et 14 mars, ou 2 millisieverts lundi dernier.
A court terme, le pire de ce scénario serait une aggravation de la radioactivité sur le site, interdisant d’y continuer les travaux. L’objectif de Tepco est de remettre en marche les circuits de refroidissement des piscines et des réacteurs. Depuis vendredi, les Japonais utilisent enfin de l’eau douce, apportée en grande quantité et stockée sur des barges ancrées à proximité, avec l’aide de l’armée américaine. Les réacteurs numéros 1 et 3 sont passés à ce régime qui va permettre de diminuer la teneur en sel de l’eau. Un sel qui menace vannes, moteurs, tuyaux… Le réacteur numéro 2 vient de passer à l’eau douce ce samedi matin.
Mais si la lumière est revenue dans les salles de contrôle, la remise en route des systèmes de refroidissement se heurte à la dévastation du site. Il faut vérifier les armoires électriques, les connexions, les pompes, les moteurs afin que la tentative de les redémarrer ne fasse pas «sauter les plombs partout en déclenchant des courts-circuits» et ne ruine tout espoir de stabiliser les réacteurs. Tepco, après avoir plusieurs fois annoncé la mise en route des systèmes, ne donne plus de délais. Et l'irradiation de trois techniciens jeudi vient encore retarder les opérations.
Opacité et transparence...
Opacité complète d’un côté, transparence de l’autre. C’est l’étrange pas de deux que dansent les Japonais - gouvernement, Tepco, Autorité de sûreté nucléaire (Nisa) - depuis le début de la catastrophe de Fukushima.
Les informations officielles japonaises sur la radioactivité dégagée par les réacteurs dévastés de la centrale de Fukushima sont-elles sincères et exactes ? A cette question, la blogosphère et les internautes répondent souvent non. Au mieux «on» nous ment pour cacher la vérité. Et tout cela fait partie d’un complot nucléariste international.
De nombreux signes montrent pourtant que, sur ce plan au moins, Fukushima est l’anti-Tchernobyl. Julien Collet, directeur environnement et situation d’urgence à l’Autorité de sûreté nucléaire, explique : «Les Japonais nous donnent accès en temps réel à plusieurs balises du site de Fukushima via leur intranet de crise - Speedi - qui permet d’échanger de l’information en continu. Nous y accédons via l’agent de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) à Tokyo, en accord avec eux. Je ne vois pas comment ils pourraient truquer ces données.» C’est d’ailleurs à partir de ces enregistrements et autres informations sur l’état des réacteurs que les ingénieurs américains, allemands ou britanniques confrontent chaque jour en téléconférence leurs analyses de l’accident et de ses développements. L’exploitant des Mesure iode-131 et Césium-135 Kyoto centrales, Tepco, annonce ses relâchements volontaires et  révèle le contenu exact, en atomes radioactifs, de la flaque d’eau qui a irradié jeudi trois techniciens.
D’autres sources d’informations indépendantes confortent la sincérité et la véracité des niveaux de radioactivité officiels. Les premières sont venues des balises des gros instruments de physique de Tsukuba, près de Tokyo (lire ici une note du 16 mars sur les mesures près d'un synchrotron). Elles mesurent, en continu, la radioactivité dans l’environnement. Elles sont gérées par des physiciens compétents en radioprotection. Et leurs mesures sont affichées en temps réel sur le Net.
Ainsi, hier à 10 h 19, une balise de l’accélérateur de particules KEK affichait 0,23 microsievert par heure. Contre une radioactivité naturelle de 0,07 à 0,09 microsievert par heure. A la même heure, la balise Teleray, installée sur le toit de l’ambassade de France à Tokyo, affichait «0,13 microsievert par heure», affirme Julien Collet.
Les mesures de radioactivité en France ou en Scandinavie, effectuées par des ONG, telle la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), ainsi que les services officiels, lors du passage de la contamination de Fukushima, ont convergé avec les annonces japonaises. Et conforté la modélisation de l’émission faite par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Cette transparence permet une bonne évaluation des risques. Ils seraient nuls en Europe ou en Amérique. Ils exigent des précautions au Japon : interdiction de récolter certains légumes dans quatre régions autour de la centrale et restriction d’usage de l’eau potable pour les enfants à Tokyo ou dans d'autres villes à chaque fois que les normes sont dépassés. Ils existent surtout pour les équipes qui tentent de reprendre le contrôle de la centrale.
En revanche, l’opacité règne sur la stratégie conduite pour venir à bout de l’accident et sur les raisons qui  ont empêché une arrivée plus rapide sur le site des moyens de lutte des pompiers ou d’un câble haute tension. Aucune information, non plus, à propos d’un éventuel «plan B», si la radioactivité grimpait au-delà Carte évacuation du supportable. Rien ne laisse entrevoir qu’on préparerait l’évacuation des personnes (plus d’un million) qui habitent entre 30 et 70 km autour de la centrale. Une procédure qui pourrait devenir nécessaire si le panache devenait plus dense et que les vents le poussaient vers l’Est.
Thierry Charles, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), s’en étonne : «Si on avait à faire face à un tel accident, nous serions plutôt heureux de voir nos collègues réaliser des calculs, des simulations d’évolutions, proposer des stratégies.» Mais voilà, il semble que de proposer son aide serait toujours vécu comme un «affront» par les Japonais.
Pourtant, le déroulement de l’accident fait douter de  la capacité d’anticipation des équipes de crise de Tepco et de la Nisa, submergées par l’ampleur des destructions et le nombre des urgences.
Concentrées sur les réacteurs, elles n’ont pas vu monter la menace explosive de l’hydrogène au-dessus des piscines. Or, il aurait été possible, en perçant le toit des bâtiments, d’éviter ces explosions. Des échanges avec les équipes américaines, françaises ou allemandes auraient peut-être permis d'anticiper ce risque et de l'éviter. Il aurait aussi fallu lancer, dès le début, un appel à l’aide massif, en logistique, eau douce et matériel électrique.
Dans cette catastrophe en cours, de nombreux mystères demeurent.

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